Artiste : Ange Leccia
Depuis les années 1980, Ange Leccia travaille à partir de vidéos et de photographies qu’il transforme – déchirées, découpées, ralenties – pour créer des arrangements exposés à travers le monde.
Nymphéa a été réalisée pour Estuaire 2007, un parcours d’art contemporain réunissant une trentaine d’œuvres dans l’estuaire de la Loire, de Nantes à Saint-Nazaire. Il s’agit désormais d’une œuvre permanente du Voyage à Nantes, collection d’installations artistiques dans l’espace public, révélant le patrimoine de la ville.
Nymphéa est une projection sur l’Erdre, à la sortie du tunnel Saint-Félix, lorsque la rivière redevient visible avant de rejoindre la Loire. Au cœur de Nantes, l'œuvre se révèle à la tombée du jour dans un environnement presque confidentiel. La projection à la surface mouvante de l’eau fait référence aux œuvres éponymes de Claude Monet et à ses recherches picturales. Le film dévoile le visage d’une nymphe, incarnée par la mannequin et actrice Laetitia Casta. Dans les mythologies grecque et romaine, les nymphes hantent les eaux, les bois et les montagnes, personnifiant une nature vivante et créatrice. Celle proposée par Ange Leccia évolue sous l’eau : l’image, ralentie, montre un visage serein, des cheveux flottants doucement, tandis que des bulles s’échappent parfois de la bouche, comme si la nymphe s’adressait au visiteur. L’œuvre sollicite l’imagination du spectateur, l’élément aquatique en intensifiant l’effet.
L’eau est à la fois présente dans l’image et support de l’image. La surface mouvante et calme de la rivière renforce le sentiment d’apaisement déjà suggéré par le visage serein de la nymphe. Elle accentue également la dimension poétique et irréelle, ainsi que l’intimité qui se tisse avec ce personnage qui regarde le visiteur. La rivière, comme en miroir, ainsi que l’immersion de la nymphe, invitent à l’introspection.
Ange Leccia envisage l’eau comme une “couche de l’imaginaire” (1). Le filtre aquatique et la profondeur de la rivière ouvrent un espace propice au rêve. L’œuvre navigue entre deux mondes : entre femme et divinité, entre réel et imaginaire. L’image ralentie, qui ne restitue pas le réel tel qu’il est, permet au spectateur de s’y plonger pleinement. L’artiste affirme ainsi le recours au ralenti et la « modification du temps habituel » comme langage artistique et poétique. – F. Kervarec
(1) https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/carnet-nomade/croisiere-sur-l-estuaire-2681331 [37:49]


